enseignante souriant à la caméra
Catherine Beaudry, PhD., CRHA, professeure titulaire à l’UQAR

Gérer dans la tourmente : une réflexion nécessaire sur les pratiques de gestion des personnes en milieu de travail

Faut-il le rappeler, la crise sanitaire perturbe la plupart des organisations et ce, à l’échelle mondiale? Au Québec, si certaines tirent leur épingle du jeu, grand nombre d’entreprises rencontrent des défis majeurs, dont ceux liés à la gestion des personnes en milieu de travail. Les difficultés que posent les changements occasionnés par la COVID-19 en matière de ressources humaines forcent la réflexion sur les pratiques organisationnelles à déployer en pleine tourmente, mais également à plus long terme. Ne faudrait-il pas gérer autrement?

Des activités de dotation à repenser

La transformation des pratiques de gestion concerne entre autres les activités de dotation. Dans un contexte où le bassin de candidats potentiels s’accroit, puisque que le taux de chômage s’avère plus important, il serait légitime d’envisager un recrutement facilité. Or, des secteurs connaissent des besoins en main-d’œuvre accrus et peinent à attirer des candidats de qualité en nombre suffisant. Les compétences des chercheurs d’emploi ne s’arriment pas toujours à celles requises pour les postes à pouvoir. Dans certains milieux, par exemple celui de l’éducation, une déqualification du travail est constatée alors que les exigences pour obtenir un emploi sont désormais réduites. Qui plus est, les plus récentes études montrent que les préoccupations des chercheurs d’emploi évoluent. Les candidats potentiels axent leurs priorités sur la durabilité des emplois et sur la possibilité d’effectuer du télétravail. L’incertitude qui caractérise la période actuelle de même que les défis majeurs en matière de conciliation travail / famille vécus dans plusieurs ménages orientent ainsi les chercheurs d’emploi vers des priorités bien spécifiques.

Les enjeux d’attraction du personnel s’avèrent donc au cœur des réflexions organisationnelles. Il s’agit d’abord de s’attarder à l’image de certaines professions qui, connaissant une pénurie depuis plusieurs années déjà, voient leur réputation ternie aux yeux de la population. Souvent dans des services considérés comme essentiels et occupées par des femmes, ces professions doivent impérativement être revalorisées pour séduire les employés potentiels. Cette valorisation ne saurait passer que par un changement dans les discours médiatiques, politiques et organisationnels. Une véritable remise en question de l’organisation du travail et des conditions d’emploi est à considérer dans certains secteurs d’activité.

Le télétravail : une pratique en croissance appelée à perdurer

Les bouleversements que nous connaissons appellent à des changements qui perdureront bien après la crise. À titre d’exemple, le nombre de télétravailleurs a bondi significativement depuis mars 2020, touchant environ le tiers des employés dans la province. Si les chercheurs d’emploi en font un critère de premier ordre à l’heure actuelle, plusieurs travailleurs l’ayant expérimenté au cours des derniers mois souhaitent poursuivre après la crise. Les demandes en ce sens afflueront sans doute auprès des gestionnaires une fois la pandémie derrière nous. Alors que la mise en place du télétravail s’est faite de manière précipitée, sans planification, les organisations devront incessamment se doter de politiques formelles encadrant le travail à distance, et ce, pour plusieurs raisons. Les questions d’équité, de sécurité du travail, de santé psychologique et d’harcèlement comptent parmi celles-ci. Le ministre du Travail a par ailleurs encouragé les entreprises à rédiger de telles politiques dans les dernières semaines.

Le rôle des gestionnaires, dans ce contexte, est lui aussi appelé à évoluer. La gestion à distance nécessite des compétences particulières, notamment sur le plan relationnel. Bien qu’ils ne soient plus en présence des membres de leurs équipes de travail, de manière constante ou ponctuelle, les supérieurs hiérarchiques sont plus que jamais appelés à apporter leur soutien et à faire preuve de souplesse. En effet, la dégradation de la santé mentale des télétravailleurs est notable dans plusieurs secteurs. L’isolement combiné à l’incertitude, à la surcharge et à l’hyperconnexion contribuent à une tension psychologique importante chez ces derniers. Une augmentation du harcèlement est également constatée en contexte de télétravail.

Des réflexions en matière de gestion des personnes à approfondir

Évolution des pratiques de dotation, des conditions de travail, des pratiques de conciliation travail / vie personnelle, des modes d’organisation du travail, du rôle des gestionnaires… Ce ne sont là que quelques exemples d’enjeux relevant des ressources humaines mis sous les projecteurs par la pandémie. Bien d’autres pourraient être soulevés : précarité accrue des membres des groupes cibles (femmes, jeunes, personnes immigrantes), mesures de protection en milieu de travail, gestion des absences, transition numérique, développement des compétences à distance, etc. Ces thèmes d’actualité sont au cœur des programmes d’études de deuxième cycle en gestion des personnes en milieu de travail à l’UQAR, sur les territoires de Rimouski, Lévis, Rivière-du-Loup et Baie-Comeau. Ils visent une réflexion approfondie sur les défis que posent la gestion des personnes, en conciliant l’atteinte des objectifs organisationnels et le bien-être des individus. La gestion dans la bienveillance, en contexte particulièrement tendu et incertain, constitue l’une des clés pour que les personnes puissent contribuer au développement des organisations en exprimant leur plein potentiel et dans un climat sain.

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Professeure titulaire à l’UQAR, Catherine Beaudry PhD., CRHA, se spécialise en gestion des ressources humaines et en relations industrielles. Ses travaux portent sur l’amélioration des conditions de travail. Elle a notamment contribué à des recherches portant sur les accommodements raisonnables et les personnes immigrantes. Ses travaux de recherche et son enseignement portent également sur le vécu des employeurs et des employés au regard des pratiques organisationnelles qui influencent les conditions de travail et d’emploi. Elle détient un doctorat en relations industrielles de l’Université Laval et est membre de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

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Formations suggérées:

Programme court de 2e cycle en gestion des personnes en milieu de travail
Le potentiel d’un bassin de main d’oeuvre élargi Formation courte  de 4 séances de 3 heures

UQAR, Service de la formation continue

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